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Des pros du spectacle au chevet des enfants malades

La Fondation Théodora intervient dans les hôpitaux pour amener de la poésie aux enfants déstabilisés par ce nouvel environnement. Ses «docteurs Rêves» sont tous des artistes confirmés auxquels la Fondation apporte une formation spécifique pour travailler en milieu hospitalier. «Un docteur Rêves ne doit pas seulement amuser les enfants malades et leur entourage, mais créer de la poésie.»

 

 

Thierry Jaquier, conseiller artistique de la Fondation, comédien, metteur en scène et lui-même docteur Rêves depuis de nombreuses années, veut que les choses soient claires. «Il faut un long bagage artistique, de l’assurance et de la confiance en soi pour intervenir auprès de ce public particulier.» 

Ici, pas de clown McDonald ou de gros gags, mais des interventions tout en subtilité et dans le respect des personnes en souffrance. «Durant la formation, nous allons construire ou déconstruire le cursus de l’artiste qui veut devenir un docteur Rêves, explique le comédien. S’il a une expérience de clown de cirque, il s’agira de la déconstruire, de la nuancer. Dans le cas d’un musicien, on l’aidera à trouver son clown intérieur. C’est un état d’esprit.»

Comprendre l’hôpital 

En plus de la formation artistique, un volet théorique est imposé aux futurs clowns. En collaboration avec l’Ecole de soins infirmiers La Source, l'artiste apprend à être conscient de la réalité hospitalière. Hygiène stricte, appréhension de la mort, évolution de certaines maladies et répercussions sur le malade… Autant d’éléments qui permettront au docteur Rêves d’être adéquat avec l’enfant et son entourage.

Une hospitalisation de 6 mois ou un an, ça change un enfant

témoigne celui qui a fréquenté de nombreux petits patients.

Mais pourquoi avoir choisi le clown, figure dont on sait qu'elle fait souvent peur aux enfants? «C'est le seul élément de vraie liberté dans notre société, justifie Thierry Jaquier. Il peut casser les interdits et amener l’enfant dans la fantaisie, sans ignorer le mal et la souffrance qu’il y a dedans, mais en ouvrant une fenêtre sur l’extérieur.» Le comédien prend en exemple le fameux Dictateur de Chaplin. «Le clown peut se permettre de jouer avec la dureté de la réalité. En partant dans la poésie, la drôlerie et une certaine folie, Chaplin a montré du doigt la dictature en place, l’a critiquée à sa manière.»

Clown à dimension humaine

Et Chaplin aurait-il fait un bon docteur Rêves? «Même Dimitri, malgré toute sa qualité artistique en tant que clown, ne serait pas forcément adéquat! répond Thierry Jaquier. Le candidat idéal propose un juste milieu entre des compétences artistiques et une dimension humaine.» Car si une expérience artistique de plusieurs années - sur scène, dans la rue ou lors d’événements - est primordiale, un second élément est central: l’aspirant ès Docteur Rêves doit avoir déjà réalisé des projets concrets en lien avec les enfants. «Une maman a évidemment un contact régulier avec ses enfants, mais ce n’est pas une expérience suffisante», prévient Thierry Jaquier. 

A la Fondation Théodora, on croule sous les dossiers de candidats. Peu correspondent toutefois au profil souhaité. Mamans au foyer, personnes âgées, bénévoles, nombreux sont ceux qui veulent aider ces enfants malades. «Ce n’est pas une activité de charité», précise le formateur de docteurs Rêves. La charité, ici, serait plutôt de faire un don à la Fondation, active auprès des enfants dans les hôpitaux et institutions de huit pays du monde... 


http://www.theodora.ch