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En Suisse, un adulte actif sur six souffre d'illettrisme

Depuis vingt ans, l’Association Lire et Ecrire aide les adultes de Suisse romande qui souffrent de faibles compétences en lecture et en écriture. Elle a lancé au niveau suisse un appel pour que la Confédération se mobilise en faveur de la formation de base des adultes. «Quand on ne sait pas lire, on n’a pas de secret.» C’est une adulte, élève de l’Association Lire et Ecrire, qui le dit. Aujourd’hui, elle découvre le plaisir de pouvoir lire seule les lettres qui lui sont adressées. Pour y arriver, il lui a fallu d’abord admettre son problème, puis oser pousser la porte de l’association qui pourrait l’aider. Car, à la difficulté de lire, viennent s’ajouter la peur et la honte de ne pas savoir écrire correctement, explique Catherine Wick, responsable pédagogique des cours pour adultes au centre de Lausanne (à dr. sur la photo). «En tant que parent, par exemple, un simple petit mot d’excuse adressé à la maîtresse pose problème.» Car si, au contraire de l’analphabète, l’illettré connaît les lettres et peut écrire des mots, c’est l’enchaînement des phrases qui lui paraît insurmontable. Et ses erreurs sont autant de preuves de sa faiblesse.

Alors comment se débrouillent ces personnes jusqu’au moment où elles contactent l’association? «Leurs compétences se limitent à leur environnement connu, explique Catherine Wick. Elles développent des tactiques épatantes pour contourner la difficulté. Mais dès qu’il y a changement, l’illettré ne s’en sort plus.» Divorce, veuvage, naissance d’un enfant, ou encore projet de formation, de passer le permis de conduire, évolution d’un poste de travail (avec de plus en plus d’informatique, par exemple): il y a autant de raisons qui motivent les personnes en difficulté à faire le pas.

Une société qui marginalise

A Lausanne, ce sont quelque 300 personnes, dont une grande majorité de femmes, qui s'inscrivent aux cours chaque année. Pas assez, selon Catherine Wick. Une étude réalisée en avril 2007 a permis d’établir qu’environ un actif sur six dispose de compétences très faibles en lecture et en compréhension écrite de schémas, soit environ 600’000 personnes. Les chiffres – à prendre avec des gants, tant les méthodes de calcul diffèrent d’une étude à l’autre – ne montrent pas d’explosion de l’illettrisme. Mais le gouffre créé par une société qui va de plus en plus vite et un développement constant des nouveaux moyens de communication marginalise toujours plus les illettrés les plus âgés.

L’association romande milite depuis vingt ans pour apporter des réponses au problème de l’illettrisme. «Il faut obtenir une reconnaissance politique du problème», insiste Bastienne Joerchel, responsable de la Section Lausanne (au centre sur la photo). Dans ce sens, la Fédération suisse Lire et Ecrire a lancé un appel début septembre, lors de la journée mondiale de l’alphabétisation, pour que le Conseil fédéral réfléchisse à des solutions concrètes quant à la formation continue des adultes et pose des bases contraignantes pour que les cantons, qui souverains dans ce domaine, soient forcés de s’y atteler.

L’illettrisme coûte cher

Et la Fédération dispose d’un argument de poids: l’étude montre que le risque élevé de chômage des personnes en situation d’illettrisme représente à lui seul un coût économique global annuel de 1,1 milliard de francs. Soit plus que ce que coûterait l’organisation d’un accès aux titres reconnus pour les personnes sous-qualifiées.

Mais outre la facture économique et sociale, l’association a en tête la dimension humaine de ce qui est normalement enseigné aux tout petits enfants : «On veut redonner à nos apprenants un geste qu’ils croient avoir perdu, mais qui est toujours là : «le plaisir d’écrire », conclut Dominique Theurillat, responsable des inscriptions et de la formation des bénévoles à Lausanne (à g. sur la photo).


 

Pour signer l’appel : http://appel.lire-ecrire-suisse.ch

Pour suivre des cours : http://lire-et-ecrire.ch ou 026 675 29 23