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La formation sera nomade… et tactile

Après avoir envahi nos loisirs puis notre sphère professionnelle, la tablette numérique fait une entrée fracassante dans le monde protégé de la formation continue. Selon Olivier Poletti, directeur d’e-doceo Suisse – une société sise à Yverdon spécialisée dans la production de modules de formation en ligne – l’utilisation toujours grandissante de la tablette numérique dans le cadre de la formation à distance est née d’une frustration.

 

Selon le pédagogue yverdonnois, la vague du mobile learning – c’est-à-dire l’exploitation d’appareils nomades tels que smartphones et autres tablettes à des fins d’apprentissage – ne s’est pas imposée à cause d’une volonté institutionnelle, ni même parce la communication sans fil induisait de facto une nouvelle façon d’apprendre, mais bien parce que le public a adopté le multimédia dans la vie de tous les jours.

On tapote

En trois ans à peine, alors qu’aucun expert n’y croyait vraiment, l’iPad est devenu le prolongement incontournable de nos doigts… et de notre cerveau. On lit en tapotant sur son écran tactile, on écoute en tapotant, on se renseigne, on achète, on communique en tapotant. Alors, tout naturellement, on veut aussi apprendre en tapotant. Bon gré mal gré. A la terrasse d’un bistrot, dans le bus, en salle d’attente. N’importe où, n’importe quand, et même si l’on n’a que cinq minutes devant soi.

«En 2012, précise Olivier Poletti, la vente de tablettes numériques a subi une véritable envolée, notamment en France, où le public a résolument tourné le dos aux ordinateurs portables. Imaginer aujourd’hui des séquences d’apprentissage en ligne tout en ignorant l’ascension vertigineuse de l’informatique dite ubiquitaire serait une aberration.»

Repenser la matière

D’ailleurs, la plupart des organisations qui font appel aux services de l’entreprise du Nord vaudois pour créer des modules de e-learning ont compris le message. Plus de 70% des projets intègrent l’utilisation de terminaux mobiles.

Mais peut-on sérieusement acquérir de nouvelles compétences en jouant avec son iPad ou, a fortiori, en scrutant l’écran minuscule de son téléphone intelligent? Le m-learning convient-il d’ailleurs à tout type d’apprentissage? «Nous travaillons aussi bien pour le pizzaiolo que pour le collaborateur du CERN. Mais il s’agit bien entendu de repenser la matière en fonction des richesses et des limites du média. Ainsi, les informations qui s’afficheront à l’écran seront agencées différemment suivant le support utilisé. Les notions d’ergonomie, de scénarisation jouent un rôle prépondérant dans notre métier.»

Classes virtuelles

Mais que l’on ne s’y trompe pas. La pédagogie interactive se démarque du modèle qui avait cours à la fin du XXe siècle. Il ne s’agit plus, pour l’apprenant, de répondre simplement par oui ou par non à des questions crachées par l’ordinateur. Un cursus de formation à distance complet peut inclure des séances en présentiel, privilégier le support papier ou encore inviter les participants – aguerris aux réseaux sociaux – à communiquer entre eux via des classes virtuelles.

Ainsi, la tablette tactile ou l’iPhone ne sont en définitive que des outils complémentaires destinés avant tout aux personnes nomades qui désirent optimiser le temps qu’ils ont à disposition pour se former.

«Le type d’activités proposées sera différent d’un support à l’autre, précise Olivier Poletti. Ainsi le serious game – c’est à dire le jeu interactif intelligent – est difficilement transposable sur tablette car les animations flash ne sont pas lues par le système. Par contre, les QCM (questions à choix multiple) pourront aisément s’afficher sur un écran de Smartphone. L’aspect collaboratif de la formation peut aussi être exploité. 

Les terminaux mobiles sont en réseau et restent avant tout des outils de communication sans fil.

Mais notre manière d’appréhender les apprentissages n’a-t-elle pas évolué dans ce monde dématérialisé?  Au lieu de nous former, ne nous contentons-nous pas de consommer de la formation au pas de charge? «Le fast learning est un concept qui prend en effet une ampleur inattendue: en prévision de mes vacances, je veux apprendre vingt mots d’indonésien et je me donne quelques minutes pour les retenir. Et il y a une application pour ça.»


http://ch.e-doceo.net