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Toute vie ordinaire mérite aussi son récit

Au-delà de sa valeur patrimoniale ou littéraire, le récit de vie, qui naît d’une rencontre entre la personne qui témoigne et celle qui la met en mots, est un acte formateur. Si vous rêvez d’écrire une énième biographie de Marylin, passez votre chemin. Le certificat de recueilleuses et recueilleurs de récits proposé par le Service de formation continue de l’Université de Fribourg est destiné aux personnes chez qui le relationnel représente une part importante du quotidien.

«La démarche que nous proposons, précise Catherine Schmutz-Brun, docteure en Sciences de l’éducation et initiatrice du projet, s’inscrit dans une perspective scientifique et a valeur de formation dans la mesure où les protagonistes – le témoin de sa propre vie et celui qui l’écoute et retranscrit son histoire – vont ensemble mettre en scène les faits saillants d’une existence et leur donner du sens.»

Une partition à quatre mains

Ecrire une biographie n’est pas un acte anodin. Le recueilleur ne se contente pas de mettre en lumière la vie d’une personne qui d’habitude reste dans l’ombre de l’anonymat. Il n’est pas non plus son «nègre». Il devient co-auteur de l’histoire de l’autre par le jeu subtil de l’interaction entre deux chemins, deux sensibilités, deux visions du monde, par effet de miroir. La construction du récit naît alors d’une rencontre.

Est-ce à dire que l’histoire de vie est une thérapie – où le thérapeute soignerait autant ses blessures que le patient? Catherine s’en défend: «Nous sommes à mille lieues d’un tel scénario. Nous naviguons plutôt dans les eaux de l’éducation permanente. Le concept est en fait très semblable à celui du bilan de compétences qui, historiquement, en est issu. Nous partons du postulat que mettre en mots notre savoir-être et nos savoir-faire permet de les intégrer. Les processus de VAE (validation des acquis par l’expérience) – mis en place par les organisations pour attester d’un parcours professionnel – procèdent d’ailleurs de la même démarche.»

Que l’on ne s’y trompe pas. Confiner le récit biographique à sa seule dimension éducative ne donnerait qu’une vision très partielle du «métier» de recueilleur et la formation proposée à Fribourg – sans être exhaustive – explore d’autres pistes. Les histoires du quotidien réunissent autour d’une même table éducateurs, professionnels de la santé, sociologues, historiens et gens de plume. L’aspect purement littéraire de l’activité n’est donc pas oublié.

Je viens moi-même du monde des lettres, souligne la responsable scientifique, et mon histoire personnelle m’amène naturellement à m’intéresser aussi à la construction de la narration et à la chose écrite.

Mais en définitive, quel étrange parcours de vie peut bien inciter une personne à suivre une formation si originale, si spécifique? Y aurait-il de réels débouchés pour ce métier émergeant? «Contre toute attente, les participants arrivent souvent avec un vrai projet professionnel. Et nous nous réjouissons de constater que beaucoup institutions dont sont issus nos étudiantes et nos étudiants les soutiennent financièrement dans leur démarche.»

Comme le dit si joliment Catherine Schmutz-Brun, la vie ordinaire mérite son récit. Par contre, inscrire sur sa carte de visite Recueilleur d’histoires, ce n’est pas banal.


Certificat de recueilleuses et recueilleurs de récits de vie | www.unifr.ch

Se former à l'écrit en Suisse romande (liste non exhaustive)

Institut littéraire suisse | Bienne | www.hkb.bfh.ch

Ateliers d'écriture | Pully | www.alchimieduverbe.ch

Désir d’écrire
 | Enseignement à distance | Vevey
 | www.ecrire.net